Actualité

Regards croisés sur la lutte contre le chômage

18/05/2026

En bord de Dordogne, l’association Deux Bouts allie agriculture biologique et insertion socioprofessionnelle pour des personnes éloignées de l’emploi. En Normandie, à Rouen, France terre d’asile accompagne des personnes réfugiées avec le programme « Un métier pour demain ». Ces deux dispositifs partagent une vision commune, malgré des territoires et des publics très différents : ils ne se contentent pas de former ou d’employer, mais dispensent un accompagnement individualisé et multidimensionnel, véritable levier d’inclusion. Regards croisés de Stéphane Boutin et Pierre-Yves Orlianges qui font vivre ces deux projets.

[Titre de l'actualité]

À qui s’adresse votre dispositif ?

Pierre-Yves Orlianges
, chargé de missions France terre d’asile :

“Un métier pour demain” s’adresse à des personnes réfugiées bénéficiaires de la protection internationale avec un niveau de français A2. Elles ont besoin de repères en France et de lien social. Notre dispositif les aide à découvrir le monde du travail, à concrétiser leur projet professionnel (stage, formation, emploi), et à créer des ponts avec des salarié.e.s et des entreprises du territoire. L’objectif est de lever les freins des deux côtés : difficultés des uns, réticences des autres.

 

 

 

 

Stéphane Boutin, cofondateur de l’association Deux Bouts : notre dispositif s’adresse à des personnes bénéficiaires du RSA, éloignées de l’emploi, orientées par les CCAS ou les missions locales. Notre objectif ? Comprendre chaque personne dans sa singularité, la revaloriser, identifier ses freins et trouver des solutions adaptées. La ferme Deux Bouts portée par notre Atelier Chantier d’Insertion (ACI) de maraîchage agroécologique favorise un cadre apaisant. C’est un lieu où l’on s’ouvre aux autres, où l’on prend tous ensemble soin de la terre et des hommes.

 

 

 

Quels sont les piliers de ce projet ?

Pierre-Yves Orlianges : notre projet repose sur un double accompagnement : auprès des réfugié.e.s (ateliers CV, entretiens, contrats d’embauche) et auprès des entreprises pour les sensibiliser à notre démarche et leur permettre de recruter dans les secteurs en tension. Nous organisons aussi des job dating et un système de parrainage très efficace où chaque bénéficiaire est suivi.e par un professionnel du même métier. Cela leur permet de tisser des liens, de comprendre les codes professionnels, de créer du réseau et de mieux connaître le marché local. Grâce à la Fondation GRDF, nous consolidons le dispositif à Rouen et nous l’étendons en Normandie, avec 250 personnes accompagnées en 2025-2026.

© France terre d’asile

 

 

Stéphane Boutin : les bénéficiaires-salarié.e.s signent des CDD d’insertion de 4 mois renouvelables (26h/semaine) combinant du travail à la ferme (du semis à la vente), un accompagnement socio-professionnel mais aussi des stages et formations. La ferme est un tremplin vers l’emploi : certains deviennent maraîchers, d’autres se réorientent vers des métiers comme la gestion des espaces verts, la logistique, etc.

© Deux Bouts

 

 

Quelle est la clé du succès ?

 

Pierre-Yves Orlianges : La clé, c’est l’accompagnement global individualisé qui comprend la recherche d’un emploi mais aussi tous les besoins d’une personne : santé, logement, mobilité… Ce programme complète l’action des conseillers d’insertion et du parrainage citoyen (sorties, cafés, balades). Je suis fier de mettre en lien nos bénéficiaires avec des entreprises et d’essaimer ce dispositif en Normandie. Mon espoir ? Le déployer à grande échelle dans tout le pays.

 

Stéphane Boutin : L’accompagnement global est fondamental : travail, logement, santé, mobilité, démarches administratives. Nous nous coordonnons aussi avec d’autres acteurs associatifs (comme La Cravate Solidaire pour préparer l’entretien d’embauche*). Ensuite,
« faire ensemble », encadrants avec bénéficiaires. Par exemple, notre infirmier en bien-être et santé mentale ne reçoit plus les bénéficiaires dans un lieu dédié, mais travaille avec eux sur la ferme. Résultat : le contact est plus facile, la confiance s’installe. Enfin, à terme, notre réussite dépendra de notre capacité à construire un modèle économique autosuffisant. Le soutien de la fondation est essentiel pour développer cette vision. Il permet notamment d’investir dans une serre à semis professionnelle pour augmenter notre production et vendre nos produits bios aux particuliers, restaurants étoilés, et à la restauration collective sur notre territoire. Ce projet est porteur d’espoir pour tous.  

 

*La mise en lien avec La Cravate Solidaire a été initiée par la fondation.