Actualité

Des projets qui roulent vers les habitants

03/07/2026

Un bus transformé en opéra mobile dans le Nord, un camion aménagé en plateforme culturelle et sociale dans les Vosges : ces deux projets, coconstruits avec les acteurs des territoires, partent à la rencontre des habitants pour rompre leur isolement. Embarquez à bord avec Clémence André, responsable développement & mécénat chez Harmonia Sacra (projet Opérabus), et Laurence Fuchs, directrice de la territorialisation et de la transversalité pour l’association PEP Lor’Est (projet Le Traversier).

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Comment est né votre projet ? 

 

Clémence André : L’Opérabus est né il y a plus de dix ans, porté par Harmonia Sacra, un ensemble de musique baroque fondé en 2002. L’idée a germé au fil de nos tournées : les spectateurs nous disaient souvent : « merci d’être venus jusqu’à nous, sinon on n’aurait jamais pu vous voir ». Peu à peu, l’idée d’aller vers le public a pris forme. En 2015, forts de notre expérience de mobilité inversée éprouvée avec notre festival itinérant Embar(o)quement Immédiat, l’un de nous a lancé, comme une boutade : « Il nous faut un bus ! » Grâce à une mobilisation exceptionnelle de bénévoles, nous avons transformé un bus urbain en un mini opéra d’une trentaine de places. Depuis, nous donnons plus de 200 représentations par an dans toute la France. À ce jour, nous avons touché 55 419 spectateurs, avec notre petite jauge de 29 places par représentation. 

 

Laurence Fuchs : Le projet Le Traversier, porté par l’association PEP Lor’Est, est né en 2016. Nous avons constaté que sur notre territoire, les écoles, les commerces, les services, tout fermait. Nous avons alors eu cette idée : « Et si on allait vers les gens ? ». Après trois ans de travail, nous avons créé un premier véhicule aménagé en espace de vie sociale itinérant. Il sillonnait les villages de l’ouest vosgien pour créer du lien, proposer des activités, des animations et des services avec aussi une démarche de prévention. Pourquoi le nom « Le Traversier » ? Parce que c’est ainsi qu’on appelle au Québec le bac qui relie les rives du fleuve Saint Laurent : ce mot évoque parfaitement un lieu qui se déplace. 

 

 

Sur quel territoire intervenez-vous et auprès de quel public ? 

 

Clémence André : Nous jouons principalement dans le département du Nord, mais aussi dans toute la France. Notre public est varié : habitants des quartiers prioritaires ou des zones rurales. Nous touchons des séniors, des collégiens, des personnes fréquentant les centres sociaux… Par exemple, en septembre, nous partirons en tournée dans les quartiers prioritaires du Val-de-Marne. Cet hiver, avant Noël, nous organiserons une tournée dans les EHPAD du Nord, en partenariat avec Les Petits Frères des Pauvres. 

 

Laurence Fuchs : Nous intervenons désormais avec deux véhicules aménagés sur deux territoires des Vosges. Nous effectuons une tournée mensuelle dans 16 villages côté Sud-Ouest, avec des hameaux de moins de 200 habitants, et dans 12 villages côté Est, dans des vallées fragilisées. Nous touchons parents, enfants, séniors, et surtout les personnes ou les familles en situation d’isolement social ou de précarité. L’objectif ? Rompre la solitude, aller vers les gens, créer du lien. Une démarche que nous résumons par : convivialité, entraide, rencontre. 

 

 

Comment travaillez-vous ? 

 

Clémence André : Nous travaillons avec des intermittents du spectacle et créons un spectacle par an. Les représentations sont gratuites, mais nous rémunérons nos équipes et nous nous occupons de la logistique. Nous coconstruisons nos tournées avec les associations et les acteurs locaux, en organisant des ateliers en amont pour préparer le terrain. Le bus s’installe près des publics (écoles, EHPAD, centres sociaux) mais pas chez eux. Nous tenons à ce que les gens puissent dire : « Je suis allé à l’opéra ». Nous offrons un ailleurs, un voyage, nous recréons du lien. C’est un projet pionnier, qui prend tout son sens dans une société où l’isolement grandit. 

 

Laurence Fuchs : À chaque tournée, Le Traversier s’installe une demi-journée sur la place du village. Nous proposons des ateliers cuisine, des activités manuelles, un point numérique, mais aussi des formations et des informations sur les droits des familles, les aides au logement, les addictions… Sur ces territoires, le regard des autres pèse : si on organisait une tournée sur un sujet d’information précis, personne ne viendrait. Mais s’il est abordé parmi d’autres activités, les gens osent venir s’informer. La clé du succès ? Des rendez-vous mensuels fixes, la co-construction des sujets avec les habitants et les acteurs locaux, et un temps long pour tisser des liens. Notre objectif est désormais d’essaimer ce dispositif ailleurs. Et ce nouveau soutien avec la Fondation GRDF, amorcé ce printemps, est pour nous une très belle nouvelle. 

 

 

© le PEP Lor’Est