Quel est l’objectif de votre association ?
Bruno Tesan : Polaris 14 accélère le retour à l’emploi des personnes reconnues réfugiées en agissant dès leur demande d’asile. Cette période d’attente peut durer jusqu’à trois ans, dans un contexte de précarité et d’inactivité subies, avec un accès très limité au travail et à la formation. Nous accompagnons les demandeurs d’asile dans la définition et la mise en œuvre de leur projet professionnel grâce à un parcours personnalisé. L’expérience et la recherche démontrent qu’anticiper l’accueil facilite l’insertion.
Pauline Vialaret : J’ai cofondé Terre 2 Cultures avec Laludin Aftab, réfugié afghan et travailleur social. Nous avons créé une passerelle entre les personnes réfugiées en recherche d’emploi et les agriculteurs en manque de main-d’œuvre. Dès notre lancement en 2019, 80 personnes ont été embauchées en un mois et notre modèle a immédiatement fonctionné. Je précise aussi que nous vérifions toujours sur place les conditions de travail et l’éthique de l’employeur. Chaque personne bénéficie ainsi d’un accompagnement triple : emploi durable, hébergement sur place et accompagnement social global.
Vous avez traversé des difficultés ces derniers mois, quelles sont-elles ?
Bruno Tesan : Nous faisons face à la baisse des subventions publiques et à une forte concurrence pour les financements privés. En 2025, j’ai anticipé un déficit pour 2026. La décision a été dure à prendre, mais je me suis licencié pour dégager de la trésorerie et conserver l’équipe en place. En parallèle, j’ai trouvé un autre emploi tout en continuant à travailler bénévolement sur la recherche de subventions et la feuille de route de l’association.
Pauline Vialaret : Cet été, les feux de forêt nous ont contraints à évacuer 12 personnes de Biscarrosse et une vingtaine de Parentis-en-Born. Pour des personnes ayant déjà tout perdu dans l’exil et qui sont confrontées à un stress post-traumatique important, l’épreuve a été particulièrement difficile. Heureusement, personne n’a été blessé, ni n’a perdu son logement. Mais ce furent des journées harassantes pour évacuer nos bénéficiaires, rassurer, expliquer, écouter, coordonner et mettre tout le monde à l’abri.
Quelles solutions avez-vous trouvées depuis ?
Bruno Tesan : Nous avons signé des conventions avec la DREETS*, l’ARS et la Diair, des organismes publics qui nous aident pour la prise en charge globale de nos bénéficiaires. Le soutien de la Fondation GRDF nous a permis de boucler le budget 2026. La fondation nous a ensuite proposé l’accompagnement sur mesure de l’ADASI. Ce programme, que nous venons de commencer, doit nous permettre d’établir une feuille de route à trois ans, de repenser notre modèle économique et d’impliquer toute l’équipe. Après cette période de turbulences, Polaris 14 repart sur de nouvelles bases.
Pauline Vialaret : Nous avons constaté une aggravation du stress post-traumatique, avec perte de confiance et angoisses face aux paysages, aux animaux et aux villages détruits. Nos bénéficiaires doivent avoir une prise en charge spécialisée par des psychologues. La Fondation GRDF nous a soutenu dès le début du projet, nous avons aussi bénéficié d’un accompagnement via l’ADASI, de rencontres inter-associatives, et de la valorisation de notre action. C’est très précieux. Aujourd’hui, nous ne souhaitons pas augmenter nos capacités d’accueil mais répondre à ce besoin de soins et développer notre plaidoyer, notamment auprès des acteurs sur le terrain.
DREETS : Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités
ARS : Agence régionale de Santé
DIAIR : Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés

© Polaris 14

© Terre 2 Cultures